Le matin du jour où elle allait prophétiser, la Pythie se rendait dès l’aurore à la source Castalie pour s’y purifier ; elle buvait à l’autre source sacrée, la source Cassotis, et mâchait des feuilles de laurier. Un prophète et plusieurs hosioi (prêtres), après s’être tous purifiés à la source Castalie, conduisaient la Pythie en procession jusqu’à l’adyton du temple d’Apollon.

C’est là que se trouvait le trépied sacré (5), qui était censé être le trône d’Apollon. La Pythie s’asseyait dessus, prenant ainsi la place du dieu. Le trépied surmontait l’ouverture de la faille (chasma gês) sur laquelle se trouvait aussi l’omphalos (2), le tombeau de Dionysos (4) et la statue en or d’Apollon (3). Le consultant, à son tour, était amené en procession à l’adyton et placé à un endroit d’où il ne voyait pas la Pythie, qui était séparée de lui par une tenture (1).
Entre-temps, les prêtres avaient préparé la victime et allumé le feu sur le grand autel, offrande de la cité de Chios, devant le temple d’Apollon. Les délégués des cités et les particuliers se réunissaient, dans une atmosphère de recueillement et de vénération, à l’extérieur du temple, autour de l’autel, et attendaient leur tour. Les Delphiens passaient les premiers. Suivaient les représentants des cités, qui avaient le droit de promantie - c’est-à-dire, littéralement, celui de passer en premier (=pro) lors de la divination (=mantéia) -, et enfin les autres, dans l’ordre déterminé par le tirage au sort.
Les consultants formulaient leur demande oralement ou par écrit à l’un des prophètes, qui en donnait lecture à la Pythie. Celle-ci, invisible de tous, hypnotisée par la mastication des feuilles de laurier, l’encens et les effluves de souffre de la faille, répondait à l’aide de mots inarticulés et de cris incompréhensibles. L’interprétation des paroles de la Pythie était transcrite en vers par le prophète, et c’est cette réponse écrite que le consultant emportait avec lui. C’était une réponse obscure et ambiguë, que les fidèles interprétaient à leur convenance. Et c’est seulement lorsque le sort venait les contredire qu’ils comprenaient le vrai sens de la prophétie.
Ainsi s’explique l’épithète d’Apollon Loxias (l’Oblique). L’un des exemples les plus fameux de prédiction ambiguë est celle que fit l’oracle à Crésus, roi de Lydie. Celui-ci ayant demandé s’il sortirait vainqueur d’une guerre contre les Perses, dont le royaume était séparé du sien par le fleuve Halys, l’oracle répondit : « Si Crésus traverse l’Halys, il détruira un grand empire ». Crésus interpréta la prophétie à son avantage, il fit la guerre et fut vaincu. Alors, prisonnier de Cyrus, roi des Perses, il envoya des messagers pour protester contre la réponse trompeuse de l’oracle. La Pythie lui fit cette réponse : « Crésus récrimine sans raison. Loxias lui prédisait que, s’il entrait en guerre contre les Perses il détruirait un grand empire. En face de cette réponse il aurait dû envoyer demander au dieu de quel empire il parlait, du sien ou de celui de Cyrus. Il n’a pas compris ce qu’on lui avait dit, il n’a pas interrogé de nouveau : qu’il s’en fasse grief à lui-même. » (Hérodote, Histoires I, 91).